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Sportif45 le blog de Christian
Le physique te fait tenir debout, le mental te fait avancer
Une superbe réussite de Christine, Philippe et Christian
Samedi 11 juin 2011, je me retourne une fois de plus, je n’arrive pas à évacuer la tension, à me vider la tête et surtout à dormir. J’ai réussi à trouver à peu près la décontraction musculaire, mais pas du tout celle de mon cerveau ! Mon portable sonne ! C’est parti ! J’avale un café, 3 tranches du gâteau « spécial course » que j’ai fait avec la recette trouvée sur Internet (testé le week-end dernier) et je me dirige vers le podium, près de la ligne de départ. Je passe la puce de mon dossard devant le lecteur et je suis prêt. Je m’assoie dans un coin en attendant l’heure du départ et j’essaie de rester détendu. Je repense à ma préparation, plus ou moins tronquée à cause de mes problèmes de pieds. Je pense aussi à tout ce que représente cette course, ce nouveau défi, un de plus, mais un beau, un dur aussi ! Cela fait 2 ans que j’ai découvert le « Verdon Canyon Challenge », un ensemble de courses de 8kms, 17kms, 50kms et surtout un 100kms. Ces 4 courses ont en commun un de très gros dénivelés et se courent dans un décor de carte postale. L’an dernier, je ne pouvais pas me présenter à ce genre d’épreuve 2 semaines après notre retour du Marathon de l’Everest, et cette année, j’en ai fait mon objectif principal de la saison. J’ai même réussi à décider Philippe (mon frère) et Christine (ma femme), à courir le 50kms.
4h00 ! C’est parti pour 100kms et surtout 6540m de dénivelé à monter et à redescendre. Il y a 2 façons d’aborder ce genre d’épreuve : gérer tranquillement, prendre son temps (sans exagération bien sûr), pour la terminer avant tout et puis prendre des risques pour aller chercher un chrono ! Je ne parle pas de la 3ème qui ne concerne que quelques « pros » qui se battent pour le podium. Si je considère que j’ai plutôt géré mes grandes courses (Diagonale, UTMB, Ultra 6000), cette fois, j’ai vraiment envie d’aller chercher un temps !
Quelques centaines de mètres de bitume pour sortir d’Aiguines et aussitôt, le ton est donné, le vague sentier se redresse beaucoup, serpente, se resserre et devient vite très mauvais ! Je suis parti un peu vite, mais pour l’instant, je suis bien et je cherche à grignoter des places et du temps. Dès que je peux, je double et je relance dans tous les passages ou la pente devient moins raide. Bien sûr le reste du temps je marche (vite) comme les autres autour de moi. Les premiers courent certainement, mais nous ne sommes pas tous dans le haut-niveau. J’arrive très vite au sommet du Grand Margès, notre première difficulté. La file des 220 concurrents s’est un peu étirée et sur le plateau, je me retrouve à la tête d’un petit groupe qui me colle aux baskets. Le balisage, dans la nuit est un peu juste à cet endroit et les zigzags entre les buis ne sont pas toujours évidents. Je perds même la trace 2 ou 3 fois. La descente sur le 1er ravitaillement : Petite Forêt me paraît très rapide. Il fait jour maintenant et j’éteins ma frontale. Je consulte mon tableau de marche… je ne comprends pas, j’ai mis 1h45 alors que je pensais mettre 2h45 ! Soit je me suis complètement planté dans mes calculs (les distances mais surtout les dénivelés étaient approximatifs), soit je suis beaucoup trop vite. Je n’ose pas croire que j’ai muté ou que je sois en super-forme et super-préparé.
Je prends juste le temps de remplir ma poche à eau, grignoter quelques fruits secs, boire un peu, et je repars. Je ne suis resté que 5mn au lieu des 15mn que j’avais notés dans mon tableau.
Je descends maintenant vers les bords du Verdon. Au début, le chemin est large, en bon état et après quelques minutes pendant lesquelles je marche pour laisser couler ce que je viens d’avaler, je peux courir un peu. Mais je commence assez vite à me rendre compte que mon début de course a été trop rapide. J’ai déjà certains muscles, que je ne sollicite pas assez sur mes entraînements de plaine, qui commencent à se crisper. Je sens venir le début des crampes. Je n’ai peut-être pas bu assez, il fait déjà chaud. Cela m’inquiète un peu, je ne suis qu’au cinquième du parcours. La descente se poursuit avec un sentier très raide, des marches énormes, j’alterne marche course avec bien du mal.
J’arrive à la hauteur du Verdon et je suis la rive gauche, sur le sentier de l’Imbut. C’est magnifique, mais à l’origine ce n’est pas fait pour courir !!! De nombreux passages étroits (voire très étroits), parfois glissants, un câble est fixé sur le rocher et sert de main courante, j’essaie de ne pas perdre de temps, mais je ne prends pas de risque. Par endroit, une mauvaise glissade signifierait une chute dans le Verdon et …
La remontée est encore pire, il y a des passages ou il faut mettre les mains. Personnellement l’escalade ne me gêne pas, mais j’imagine le randonneur moyen sur ce GR. Bien sûr là non plus je n’essaie même pas de courir, je n’en ai pas la possibilité. De plus, en montant une marche un peu haute, j’ai ma première crampe ! Je m’arrête quelques secondes, je détends comme je peux les muscles contractés et je repars, mais je suis assez inquiet pour la suite.
Je rejoins le ravitaillement suivant, qui est le même point que le précédent (l’itinéraire fait une boucle et repasse à Petite Forêt) avec toujours mon heure d’avance sur mon tableau prévisionnel. J’ai mis à peu près le temps que j’imaginais. Je ne m’arrête pas longtemps, juste pour faire remettre un peu d’eau dans la poche et grignoter quelques « Tuc ». C’est en effet ce que je trouve de mieux sur le ravitaillement pour avoir un peu de salé à manger. Le sel me permettra de garder un peu mieux l’eau que je bois, au lieu de la « vidanger » aussitôt.
Le chemin vers le ravitaillement 3 est moins mauvais, j’arrive à alterner course-marche, selon la pente. Il commence à faire chaud et je retire le vêtement technique manches longues et ne garde que le débardeur « club ». Sur les derniers kms avant le col d’Iloire, je sens arriver de plus en plus souvent les crampes. Cela concerne les 2 cuisses et pratiquement tous les groupes musculaires. J’arrive à les détendre à chaque fois en étirant un peu et en marchant. Je me dis que la course est bien mal engagée ! Mais je pense aussi à Philippe et Christine qui viennent de partir et je continue mon effort. Au ravitaillement, je prends un peu plus de temps (10mn) pour manger un peu, en étant assis, pour essayer de me détendre…
En repartant, je téléphone à Marie (notre supportrice et suiveuse). C’est la première fois que je prends un portable sur une course, mais cela fait partie du matériel imposé par l’organisateur. Je lui demande, si possible, d’être au prochain ravitaillement avec de la pommade (ou de l’huile de massage) à l’arnica, pour tenter d’améliorer mes problèmes musculaires. J’ai beau boire, manger salé (j’ai mis quelques « Tuc » dans mes poches), j’ai toujours la sensation de me déshydrater. J’ai bien du mal à atteindre le ravitaillement 4, à La Source. J’ai les cuisses complètement crispées, des crampes qui reviennent régulièrement et je n’ai plus beaucoup de solutions.
Ouf !!! Marie est là et elle a trouvé un gel à l’arnica dans une pharmacie de Moustier. Je m’allonge dans l’herbe au bord du chemin et j’ai droit à un rapide mais bon massage des jambes. Je repars, un peu mieux, avec comme point de mire : Moustier, c’est à dire la mi-course.
Depuis le premier ravitaillement, où les coureurs étaient encore assez rapprochés, les écarts se sont un peu creusés et je cours assez souvent tout seul. Comme je suis parti un peu trop vite, je vois passer régulièrement des concurrents qui me rattrapent, mais que je ne peux pas suivre bien longtemps. C’est d’ailleurs assez démoralisant. Je vais quand même réussir à m’accrocher à un petit groupe de 5 coureurs et rester pendant quelques kms avec eux. Dans ces moments-là, nous en profitons pour échanger et le temps passe plus vite. Les paysages sont toujours aussi superbes et c’est une autre façon d’occuper l’esprit. Il faut quand même ne pas éloigner les yeux trop longtemps du sentier.
L’étape est longue, le soleil tape de plus en plus fort (il est autour de midi) et … je n’ai plus d’eau dans ma réserve !!! Ça sent la catastrophe ! Il reste environ 6kms, j’ai retrouvé des débuts de crampes, j’ai la gorge sèche, je ne vois pas comment je peux aller jusqu’à Moustier. Un des coureurs du groupe me donne quelques gorgées mais je ne peux pas lui vider sa réserve. Je ralenti l’allure et les laisse partir. J’arrive près d’une route et je pense essayer d’arrêter une voiture pour demander de l’eau quand je vois un peu plus loin une famille en train de piqueniquer. Des gens supers sympas qui me rajoutent 1l d’eau dans ma poche et avec qui j’échange quelques impressions, le temps de me retaper un peu. J’étais en effet « limite » et ils étaient inquiets de me voir « dans cet état ». Je termine seul les derniers kms, en plein soleil et vide à nouveau ma poche à eau.
En traversant Moustier, pour aller au ravitaillement, je retrouve
Thomas, Jane, Agnès et Corentin (la
2ème voiture de supporters). C’est joli le village de Moustier, aussi en pente que celui d’Aiguines et un peu plus grand. En arrivant au ravitaillement, je suis déçu de constater qu’il
n’y a pas le repas chaud que j’espérais. Je continue de grignoter des « Tuc » pour le salé et des fruits secs pour les sucres rapides. S’il n’y a pas les pâtes et la soupe que
j’espérais, par contre il y a 2 kinés et je prends le temps de faire la queue et de me faire masser les jambes. Marie nous rejoint, elle était à « La Maline » (R3, pour le 50km) elle a
vu Philippe, et : « Il a une contracture sur une cuisse, il s’est fait un strapping. ». Pas de nouvelles de Christine. Les 2 infos m’inquiètent un peu, je pensais que le 50kms
était abordable pour tous les 2, j’espère que je ne me suis pas trompé. Il faut qu’ils y arrivent !
Je passe par les toilettes publiques en repartant du ravitaillement (autant en profiter). Et j’attaque la « voie romaine », un sentier empierré qui serpente et grimpe une pente de …% (beaucoup). Nous sommes aux heures les plus chaudes, il n’y a pas d’ombre, je préfère vraiment les basses températures !!! J’arrive pourtant à rester dans un petit groupe. Je monte assez régulièrement et sur un bon rythme ; pas celui du premier bien sûr, mais ceux qui sont autour de moi à ce moment de la course doivent avoir à peu près les même moyens que moi et la même vitesse. Cette montée n’en finit pas ! Je retrouve enfin une végétation plus dense, quelques arbres (merci pour l’ombre) et quelques parties plus roulantes. Je peux courir un peu. L’alternance marche-course me fait du bien. Même si les muscles ne se reposent pas, ils travaillent différemment et cela les aide à continuer. Depuis le début de la course, j’utilise le plus possible mes bâtons et aussi bien à la monté qu’à la descente je mets le plus de poids possible dessus pour soulager les jambes un maximum. Il n’y a que sur les parties horizontales (peu de kms sur cette course) que je cours sans m’en servir.
J’arrive à La Clue, le ravitaillement 6. C’est celui où il y a des pâtes et de la soupe. Je prends le temps de manger tranquillement et de m’allonger 10 minutes. Je suis moins en détresse que sur la fin de la matinée, mais la route est encore longue et c’est loin d’être gagné. Je rempli ma poche à eau et cette fois je ne fais pas l’erreur que j’ai commise à Moustier. J’avais ajouté un peu d’eau pétillante, parce qu’elle contient des sels minéraux, mais mon estomac n’a pas aimé du tout !
Je repars sur des chemins plus roulants, moins pentus. Mais là où je devrais allonger la foulée et prendre un peu de vitesse je ne peux que trottiner, mes cuisses n’en veulent plus ! Je m’en contente ; à La Clue, j’avais toujours un peu d’avance sur mes prévisions et de toute façon, je suis très loin de la barrière horaire. Le sentier est assez varié, montées, descentes, pelouse, rochers, … Nous avons un superbe panorama sur le lac de Saint Croix, mais par contre pas de réseau ! Je profite des passages faciles, pour sortir le portable et essayer d’avoir des nouvelles de Christine et Philippe. Je m’inquiète un peu pour eux ; après tout, c’est moi qui les ai embarqués dans cette course, leur premier « gros » trail ! J’essaie aussi de téléphoner à Virginie ou Laetitia pour passer le temps, car depuis le dernier ravitaillement je suis un peu seul. Mais rien à faire, le portable ne capte pas. Et il n’est pas le seul, mon cerveau doit être sur le « mode éco » et j’ai du mal à calculer mes temps, réfléchir, … Il me reste environ ¼ du parcours et il y a longtemps que j’ai compris que cette course est une des plus dures que j’ai faites.
J’arrive à joindre Marie : « Philippe est passé au dernier ravitaillement et ça peut aller ». Christine est passée beaucoup plus tôt que prévu à Maline et ils l’on loupé. Dommage, mais si elle est autant en avance, c’est bon signe et elle va peut-être finir avant la nuit. Ce serait bien, car la dernière partie à la frontale… Je réussi à la joindre et nous échangeons quelques minutes. Elle a l’air de bien gérer sa course et je suis un peu plus rassuré pour elle.
J’arrive au ravitaillement 7, en bord de route, avec de la soupe et des secouristes. Je suis un peu HS, il y a eu encore de belles montées sur cette étape. Je remets un peu d’eau dans ma poche, je prends un gobelet de soupe et je m’allonge un peu sur la pelouse. Un secouriste est inquiet, il me surveille, il s’assure que je vais bien. Il est aux petits soins pour moi ; il m’apporte de l’eau et une autre soupe pour que je reste allongé. Quand je me lève pour repartir, il insiste : « … tu es sûr que ça va aller, tu étais tout blanc quand tu es arrivé … il ne faudrait pas que tu tombes au milieu de la montagne… » Je lui réponds que cela va beaucoup mieux (pas complètement vrai mais pas faux non plus) et que je n’en suis pas à mon premier Ultra. Ça n’a pas l’air de le rassurer, mais il me laisse repartir et c’est tout ce qui compte pour moi.
C’est reparti ! J’ai cette fois « en point de mire » le ravitaillement au Chalet Club Alpin de La Maline. Marie a dit qu’elle serait là. Philippe est
arrivé !!! Bravo ! J’ai eu Christine, elle est passée au dernier ravitaillement ! Super, elle est bien partie pour finir plus tôt que prévu et avant la nuit.
Je m’aperçois, que depuis le 2 ou 3ème ravitaillement, je ne fais plus une grande course, mais une succession d’étapes. A chaque contrôle, je me remotive pour faire 10kms (environ) de plus et aller au suivant. C’est meilleur pour le moral de ne voir que la poignée de kms juste devant, plutôt que de penser à tout ce qui reste à courir. Cette partie est superbe sur le plan des paysages. Elle est aussi très variée : petites montées, descentes, divers types de terrain… Les premiers ont dû avaler cette portion à vive allure. Pour ma part, j’essaie de relancer sur quelques descentes, faire quelques foulées sur quelques « plats » mais ça devient de plus en plus difficile. Je suis parfois avec un ou 2 autres coureurs, mais jamais très longtemps. Je préfère rester à mon allure, accélérer quand je peux et souffler quand les jambes ne veulent plus. Je prends quelques secondes pour admirer de grands rapaces qui tournent au dessus du Verdon. Il y a un joli passage un peu acrobatique, avec le chemin taillé à flanc de falaise, parfois large de 30cm, avec un câble fixé au rocher pour main courante. Je rattrape 2 coureurs et nous allons rejoindre le ravitaillement ensembles. Cette fin d’étape nous parait interminable. Je pensais que La Maline était plutôt vers le bas de la descente sur le Verdon et je ne vois toujours pas le chemin descendre… Au contraire, il ne fait que remonter. Il fait de plus en plus sombre et les zigzags entre les buissons, la recherche des balises et les essais de course sur mauvais terrain deviennent difficiles. Nous sortons nos frontales et nous arrivons enfin au R 7 « La Maline ».
Super !!! Philippe et Marie sont là ! Ça me remonte un peu le moral, il en avait bien besoin. Ils me tendent mon sac de réserve, j’enfile le vêtement technique manches longues (merci Thibault) et une micro polaire. Je me décide à mettre aussi un collant long à la place du short. Sitôt arrêté, avec la fatigue (le mot est faible) et la fraicheur de la nuit, je suis gelé. Je serais bien tenter de continuer rapidement, je suis encore assez bien au niveau du chrono, mais je ne tiens plus debout et la descente sur le Verdon avec la remontée sur Petite Foret dans ces conditions, ce n’est vraiment pas raisonnable. Je préfère assurer ; je prends une bonne soupe et je m’allonge. « Tu me réveille dans 1/2heure, STP ». Philippe et Marie restent à mes cotés, merci !!! Dans ce genre de course, dans l’état où je suis, ce genre d’attention, c’est « vital ». Là où j’en suis, les muscles ne font que me tenir debout, mais si je fais un pas de plus, c’est avec mon mental. Mes supporters, en alimentant mon moral m’aident énormément et me poussent à aller plus loin.
J’ai pourtant ajouté le coupe-vent, mais en sortant de la tente des secouristes, je suis gelé et tout engourdi. Je n’ai pas vraiment dormi, mais j’espère que je me suis suffisamment reposé pour pouvoir finir. Il me reste 20kms mais surtout 1400m (environ) de descente et autant de montée. Si je veux finir en 24h, il me reste 4h45, c’est jouable, si tout va bien… Dès les premiers lacets de la descente sur le Verdon, je me réchauffe et je retrouve « la gagne ». Je relance à fond (c’est relatif) dans toutes les parties « faciles », mais je reste plus prudent sur les passages techniques. Je n’ai plus les jambes et si je veux finir, je n’ai pas le droit à l’erreur. J’ai aussi un gros souci avec le coude droit, qui a beaucoup souffert il y a quelques années et a été opéré. A force d’appuyer comme une brute sur les bâtons (pour soulager les jambes) j’ai de plus en plus mal à ce coude et je ne pousse presque plus dessus.
J’arrive à la passerelle et je franchi le Verdon (en marchant) ; j’ai mis 30mn pour descendre 450m de nuit et avec des cuisses explosées. C’est moyen comme temps, mais vu les conditions… J’attaque la remontée, par le chemin que nous avons emprunté dans l’autre sens ce matin. Le sentier est moins évident et par moment, je cherche un peu les balises. Sur quelques « faux plats » j’arrive à courir un peu, mais ma foulée doit être ridicule. Je m’en fiche, je suis tout seul et ce qui compte c’est d’avancer. Je rattrape 2 ou 3 concurrents et je rejoints le dernier ravitaillement : Petite Foret, que j’ai déjà vu 2 fois ce matin.
Le temps que je prenne un verre d’eau et quelques fruits secs, Philippe, Marie et Corentin arrivent. C’est super un soutient
pareil !
J’apprends que Christine est arrivée,
il ne reste plus que moi ! Je ne m’attarde pas, j’ai encore un petit espoir de terminer en 24h et surtout, je veux en finir !!! Je sens que si l’épreuve se prolonge, je risque de
m’écrouler, le mental à plat !
Mes supporters m’accompagnent quelques centaines de mètres et j’attaque la montée vers le « Grand Margès », la dernière difficulté de la journée. Mais dans la pente raide, la moyenne horaire prend une grosse claque. J’ai beau mettre toute l’énergie qui me reste, j’ai l’impression de me trainer lamentablement. De plus, je ne peux plus du tout pousser sur le bâton droit. J’essaie d’utiliser seulement le gauche, mais cela va beaucoup moins bien et maintenant j’ai le dos qui souffre. Sur le plateau final je perds du temps à chercher les morceaux de rubalise qui se voient mal dans la nuit (et qui ne sont pas assez nombreux). Je fais ½ tour 3 fois, mais je parviens à rester sur le sentier. Je suis tout seul depuis le dernier ravitaillement. En arrivant vers la fin de cette montée je sens que je suis vidé, je suis en hypoglycémie. Pourtant j’ai l’impression d’avoir ingurgité suffisamment de calories à tous les ravitaillements. Rapidement, j’avale une dose de gel « coup de fouet », un concentré de sucres rapides. Je m’assoie pour laisser passer et c’est le moment où Virginie me téléphone. Quelques minutes de conversation avec ma grande fille et c’est reparti !
Je bascule maintenant du côté d’Aiguine, il ne me reste plus que 800m (de dénivelé) à descendre. Le chemin est mauvais, la descente est très technique par endroits. Elle me plairait surement en début d’épreuve, mais à ce moment de la course, je n’y arrive plus. Je regarde ma montre, c’est fichu, je ne finirai pas dans les 24h. Tant pis, je vais finir quand même. J’essaie de garder malgré tout l’allure maxi possible. Au détour du chemin, j’aperçois les lumières d’Aiguine, je regarde mon chrono, il me reste 30mn pour rester sous les 24h. Je relance la machine et je descends plein pot (tout est relatif). Je rattrape 2 coureurs, puis un peu plus loin 2 autres. Ils marchent, à ce moment, la plupart des concurrents encore en course ne courent plus, sauf…
Quand j’entends le clocher d’Aiguine sonner 4h, je comprends qu’il va me manquer quelques mn. Je rentre dans les ruelles du village et j’ai droit à une dernière épreuve, trouver l’entrée du stade sur lequel est la ligne d’arrivée. Heureusement que Marie vient à mon secours et m’accompagne sur les dernières centaines de mètres. Philippe est là aussi, super ! Après avoir fait sa course, il me retrouve aux 2 derniers ravitaillements et il est là avec Marie pour m’accueillir à l’arrivée.
Nous étions 3 au départ ce matin, nous sommes trois à avoir terminé !!! Une belle réussite collective, même
si sur le chemin chacun devait avancer seul. Une belle réussite aussi grâce à notre Team de supporters et surtout à Marie qui s’est occupé de l’intendance et qui nous a suivis du mieux qu’elle
pouvait.
Et enfin, même si en me relisant, je m’aperçois que j’ai beaucoup souffert durant cette superbe épreuve, même si durant un bon nombre de km je me suis maudit de mettre lancé dedans… je me pose une seule question : « Quel est mon prochain Ultra-trail ? »