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  • "Le dépassement de soi donne du sens à la vie" de Philippe Moreau. "L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle" de Saint Exupéry. Je pense que l'état d'esprit de mon activité sportive se résume assez bien dans ces 2 phrases.

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Le Marathon de l’Everest 2010: ma course!!!

Samedi 29 mai, c’est le grand jour ! Lever 5h00, il faut ranger dans le sac (que je retrouverai demain à Namche Bazar) le duvet et tout ce que je ne prends pas avec moi. Je boucle le petit sac pour la course et direction le petit déjeuner. Un peu de porridge, du café et c’est tout, ça ne passe pas bien, mais je m’y attendais.

Il fait froid !!! (largement sous le zéro). J’ai mis le vêtement « thermique » Mac David, une micro polaire, le débardeur club (EB Athlétisme) sur lequel j’ai épinglé le dossard et un coupe vent ; en bas, le collant d’athlétisme et j’ai ajouté les gants et le bonnet. Les népalais sont en short et T-shirt, ils n’ont pas de sac !!! Nous ne sommes vraiment pas partis pour la même course. Ils vont faire un marathon, leur marathon et moi je démarre un gros trail de montagne (pas un ultra quand même).

7h00 départ ! La ligne de départ est à coté du camp de base de l’Everest, sur le glacier Khumbu au pied de la célèbre « Ice Fall »(*) bien connue de tous les alpinistes. Notre premier km, le glacier recouvert de pierres, encombré de gros rochers, le slalom entre les blocs de glace et nous sommes à 5360m d’altitude. Les Népalais et les meilleurs étrangers (les Indiens de notre groupe) sont partis à fond, je pars beaucoup plus tranquillement et me retrouve vite très loin du peloton. J’arrive à courir sur le « plat » mais que c’est dur à plus de 5000m. J’ai les jambes molles et le souffle court. Il ne faut pas trainer et essayer de descendre le plus vite possible pour retrouver une altitude ou il y a un peu plus d’oxygène. La longue moraine (**) qui monte et descend n’en fini pas, j’arrive à courir malgré tout, mais vraiment pas vite et toutes les remontées se font en marchant.

Gorak Shep, 5ème km en 1h et je n’ai perdu que 200m d’altitude. La suite n’est guère mieux, de longues parties plates et quelques faux plats montants, j’atteints Lobuche, le 10ème km en 1h55 et je n’ai perdu que 200m de plus. Je prends le temps de remplir ma poche à eau et de boire un peu.

Je repars en essayant d’aller plus vite. Sur cette partie du parcours, il y a de bonnes portions qui descendent bien et j’arrive à enchaîner un peu mieux. J’ai juste vu 2 collègues du groupe, qui me dépassent lors d’une pause WC et que je ne reverrai pas. A part eux, je ne vois plus aucun autre participant depuis Gorak Shep ;.c’est dur de courir seul.

J’arrive à Thokla, km 14, en 2h30. J’ai augmenté la moyenne, perdu encore 300m d’altitude, mais je n’oublie pas et mon corps me le rappelle que je suis encore à l’altitude du Mont Blanc. Et habituellement, je ne cours pas au sommet du Mt Blanc.

Un autre de mes soucis, est de ne pas m’égarer, car il n’y a pas de balisage et même si nous sommes passés sur ce chemin quelques jours avant, je n’ai pas tout mémorisé et en sens inverse les repères sont différents. Je suis obligé de demander mon chemin plusieurs fois. Je croise un convoi de poids lourds, pardon de yacks et je suis obligé d’en doubler d’autres, sur une partie du chemin qui ne si prête pas du tout. Ça n’arrange pas ma moyenne horaire.

Dingboche, 20ème km en 3h30, pas terrible pour un (presque) semi-marathon. Je pense que certains sont presque arrivés. Je prends le temps de boire, mais je ne rajoute pas d’eau dans ma poche, je n’en ai pas consommé beaucoup entre les 2 ravitaillements. J’ai pris un gel énergétique et entamé une barre de céréale chocolatée. Je n’ai pas faim dans ce genre d’épreuve, mais il ne faut pas se retrouver en hypoglycémie et 2 fois depuis le début de la descente, j’ai senti que j’étais un peu juste en sucre.

Je repars en courant doucement sur le plat, en dégringolant dans les descentes mais dès que ça remonte, c’est la marche, plus ou moins rapide (souvent, pas rapide du tout). Je voudrai bien aller plus vite, mais je ne peux pas. Dans les descentes, je ne peux pas enclencher le turbo, comme j’arrive à le faire parfois, là je me retiens un peu, car je sens bien que les jambes ne sont pas au mieux et je ne veux pas faire de faute et risquer l’accident. Mon but n’est pas d’être dans les premiers, j’ai compris dès le premier km que je serai très loin dans le classement. Mais je veux juste finir, si possible entre 8h et 9h.

Pangboche, le km 26, en 4h40, je viens de remonter un gros dénivelé et la vitesse a bien baissé, mais je suis passé sous les 4000m. L’effort, surtout dans les montées est encore bien difficile, malgré les 2 semaines d’acclimatation. Et toujours ces problèmes d’itinéraire ! dans la montée, j’avais passé depuis 10mn un sherpa lourdement chargé, lorsque j’arrive devant un carrefour, impossible de me rappeler par quel chemin je suis passé la semaine dernière, personne à qui demander, obligé d’attendre le sherpa que j’ai doublé auparavant.

La remontée sur le monastère de Tengboche au milieu des rhododendrons me parai bien longue, mais je maintien une bonne allure et je passe au ravitaillement du km33 en 5h29. Je grignote un peu et je bois une demi bouteille (de 50cl) d’eau.

Dans la grande descente qui suit je me lâche un peu et je me fais plaisir sur quelques portions raides et techniques. En arrivant au grand pont suspendu, je rejoins David qui est arrêté. Il repart juste derrière moi et dès le début de la grosse montée qui suit, je vois que je ne vais pas pouvoir le suivre. Dommage, tout seul, c’est encore plus dur ! Et cette montée, elle fait vraiment très mal, de plus le mental n’y est plus. David m’a semé, il n’y a personne derrière moi (aussi loin que je puisse voir), mes espoirs de « bon chrono » se sont envolé depuis longtemps… le moral en a pris un coup !

A Leushyasa, un ravitaillement non marqué, il y a un des médecins qui nous ont suivis durant tout le trek. Petit contrôle rapide et c’est reparti, mais ça monte toujours pour atteindre Khumjung, et ma moyenne horaire doit surement baisser.

J’arrive au village de Khumjung en 7h15, je ne sais pas exactement le km (d’ailleurs, je n’ai jamais eu de données précises sur tout le parcours). Il y a quelques traces de plâtre (flèches, traits) pour nous indiquer le chemin, mais pas suffisamment et cette partie de l’itinéraire, je ne l’ai pas faite à l’aller (nous sommes passés par un autre chemin). Le village est très étendu et nous passons entre les maisons, les jardins,… De nouvelles pertes de temps pour demander « the way of Everest Marathon ? »

A la sortie de Khumjung, j’attaque enfin la dernière grosse difficulté du parcours, un escalier qui compte … je ne sais pas combien de marches, mais beaucoup !!! Je ne suis pas surpris, nous étions passés là lors d’une rando à l’aller. Mais dans les derniers kms d’un marathon, c’est très dur !

Je domine Namche, il ne me reste plus que de la descente, j’entends de la musique, surement sur la ligne d’arrivée. Je dévale tranquillement le dernier km et enfin la banderole « finishing point » !

Sur la ligne d’arrivée, pas de photographe officiel (comme dans la plupart des courses) mais des copains du groupe (coureurs ou accompagnateurs) qui m’applaudissent et prennent des photos. Un bel exemple de solidarité, de complicité et du bon état d’esprit qui aura régné durant tout le séjour !!!

Je suis fatigué mais pas vidé comme à la fin de l’UTMB ou de la 6000D, j’ai les jambes lourdes mais pas tétanisées comme pour le marathon du Mt Blanc. C’est une course difficile, même très difficile mais je n’ai fait « que » 42kms. Ce qui fait sa difficulté , c’est l’altitude.

Assis dans la tente médicale pour le contrôle de routine, je repense à ce que je viens de vivre depuis ce matin. J’ai ajouté une belle page de plus à mon histoire de sportif. Je suis heureux !

 

(*) Ice Fall : traduction : cascade de glace. Celle qui domine le camp de base de l’Everest est gigantesque. La progression dans cet enchevêtrement de séracs monstrueux et d’énormes crevasses est une des principales difficultés de l’ascension de l’Everest.

(**) moraine : ensemble de rochers arrachés par le glacier et transporté par celui ci. Pour faire plus simple, un énorme (surtout ici) tas de cailloux, plus moins gros sur le front et sur les cotés du glacier.

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